Dr. Badie Modiri, réparer les corps

Le Docteur Badie Modiri Behzad est la preuve vivante que la formation médicale française, quoi qu’on en dise, fait toujours partie des plus performantes de la planète. Véritable enfant du système des centres universitaires hospitaliers, la réputation de ce chirurgien esthétique dépasse aujourd’hui largement nos frontières. Rencontre avec le roi du bistouri.

Par Romain Méfret

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous orienter vers la chirurgie esthétique au moment de choisir votre spécialité ?

Dr. Badie Modiri : La chirurgie a toujours été ma passion. J’ai très vite été attiré par l’aspect réparateur de la chirurgie. C’est pourquoi j’ai choisi mon premier stage d’internat, dans un service de Neurochirurgie. Nous étions amenés à prendre en charge les traumatismes graves de la tête et du visage, les malformations cranio-faciales chez l’enfant, et les tumeurs cérébrales. Ce premier contact a confirmé mon choix et m’a permis de me rendre compte de mes capacités en micro-chirurgie et dans les reconstructions très fines des vaisseaux et des nerfs. C’était le début d’une longue formation en chirurgie maxillo-faciale, et en chirurgie plastique reconstructrice et esthétique. Après avoir terminé la chirurgie générale, et acquis les dernières techniques de reconstruction du visage, des seins, du tronc et des membres, j’ai affiné de nombreuses techniques de chirurgie esthétique. Ma philosophie a toujours été de réparer de façon esthétique et de faire de l’esthétique en réparant les tissus endommagés par l’âge.

Quel regard portez-vous sur cette spécialité aujourd’hui et comment a-t-elle évolué depuis que vous avez commencé à exercer ?

Pour moi la chirurgie esthétique est indissociable de la chirurgie réparatrice. Même en matière d’esthétique pure, de bons résultats ne sont obtenus qu’entre les mains de chirurgiens bien formés pour la chirurgie plastique et réparatrice. Aujourd’hui, la chirurgie esthétique s’est considérablement démocratisée. Elle n’est plus adressée à une élite, et s’ouvre à un public beaucoup plus large. L’essor des produits injectables, comme la toxine botulique (Botox, Vistabel, etc.. ) et l’acide hyaluronique (gel de remplissage), a véritablement ouvert la voie à davantage d’esthétique. Les patients ont pu prendre conscience que leurs rides et leurs traits sont modifiables. L’esthétique devient alors médicale et accessible. Les techniques de Laser Rejuvenation et de Laser Resurfacing sont venues compléter cette offre. Conscient d’une avancée majeure, je me suis très tôt intéressé à ces nouvelles techniques et je réalise aujourd’hui énormément d’injections et de lasers, seuls ou en complément d’une chirurgie esthétique. Les résultats de nos gestes chirurgicaux sont encore plus magnifiés, puisque la chirurgie rectifie les formes et supprime les excès de tissus relâchés. Les techniques d’injection et de lasers corrigent les ridules les plus superficielles de la peau.

Où intervenez-vous majoritairement aujourd’hui dans le monde et comment voyez-vous évoluer la distribution internationale des soins esthétiques ?

J’ai été formé en France, dans des écoles prestigieuses de chirurgie plastique esthétique et reconstructrice. Je me suis installé à Paris il y a 15 ans, et j’y réalise la majorité de mes interventions esthétiques. Mon histoire personnelle a fait de moi un adepte des voyages. Maintenant, je ne peux m’empêcher d’associer un voyage à une démonstration opératoire avec des interventions dans différents pays que j’affectionne, en particulier les villes comme Rome, Amsterdam, Téhéran, Istanbul, Dubaï et Vancouver. Suivant les pays, un type de chirurgie est prédominant. Les patients sont de plus en plus mobiles. Nombreux sont ceux qui, pour des raisons économiques, choisissent de subir des interventions loin de chez eux. Cette attitude, bien qu’en apparence anodine et intéressante, s’avère parfois périlleuse puisqu’une intervention chirurgicale nécessite souvent de nombreux contrôles post-opératoires, et peut présenter une complication parfois tardive. C’est pourquoi l’accès à son chirurgien est un point déterminant dans le choix du lieu de l’opération.

Y a-t-il un savoir-faire français, reconnu internationalement, de chirurgie esthétique ? Où la France se situe-t-elle au niveau international comparée à d’autres pays ?

Indéniablement, les écoles françaises de chirurgie esthétique présentent une renommée et un rayonnement internationaux. Les plus grands anatomistes mondiaux étaient français. Ils ont élaboré des traités denses, toujours de référence, contribuant à la connaissance du corps humain et à l’élaboration de nouvelles techniques chirurgicales basées sur les lambeaux vasculaires. La chirurgie esthétique faciale s’est développée suite aux connaissances acquises auprès des « gueules cassées » de la Grande Guerre, et grâce à l’essor de la chirurgie maxillo-faciale française. La Liposuccion, une des premières interventions esthétiques au monde, dont le pionnier est le Dr. Illouz, est encore une invention française. Dans le domaine de la chirurgie plastique et réparatrice, un autre bel exemple est la chirurgie cranio-faciale qui est une invention française du Dr. Tessier, qui a mis au point une classification internationale des fentes et malformations faciales. Donc oui — la « french touch » se porte bien et rayonne toujours à l’international dans le domaine de la chirurgie esthétique.

Quel est le portrait-robot de votre patient type ?

Il n’y a justement plus de « portrait-robot ». De jeunes patients désirent effacer leurs complexes ou mettre en avant leurs atouts physiques. Beaucoup de liposuccions localisées ou de prothèses mammaires sont réalisées pour les 18-30 ans. Il y a beaucoup de patientes dans les métiers de la mode, du mannequinat et de l’hôtessariat. Des patients plus âgés, et encore actifs, se trouvent dans une situation de décalage entre âge réel et âge physique et veulent gommer les signes de l’âge pour retrouver un équilibre. Leur demande concerne plus la chirurgie des paupières, les liftings cervico-faciaux et les injections. Entre ces deux catégories, on retrouve de nombreuses femmes ordinaires ayant eu des séquelles de grossesse au niveau abdominal ou mammaire. Beaucoup d’hommes me consultent pour des implants capillaires, une liposuccion ou un allongement de sexe.

Qu’attendez-vous des prochaines avancées technologiques dans votre spécialité ?

Il y aura dans un futur proche, la possibilité de refaire un tissu lésé ou raréfié, en lui apportant des cellules souches indifférenciées. Cette révolution technologique ne pourra cependant pas remplacer complètement un organe entier et le recours à la chirurgie et aux techniques basées sur le transfert d’énergie et de lumière, comme les lasers, resteront encore longtemps d’actualité. Une étape cruciale sera franchie lorsque nous pourrons maîtriser et rendre invisibles les cicatrices des procédures chirurgicales. La durée de vie des produits injectables et des prothèses mammaires sera également amenée à se prolonger. La chirurgie esthétique a encore de beaux jours devant elle.