Firouz Farman Farmaian, Horizons multiples

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Firouz Farman Farmaian est né a Téhéran, en 1973, d'un père issu de la dynastie impériale Qajar et d'une mère suédoise. Pas étonnant, alors, qu'il s'intéresse très vite à toutes les formes d'art, du cinéma à l'architecture, en passant par la peinture à laquelle il revient aujourd'hui après avoir connu le succès en tant que chanteur et compositeur du groupe Playground.
Méticuleux et éminemment technique, votre travail d’artiste doit beaucoup à votre savoir-faire d’artisan. Comment vous positionnez-vous par rapport à cette dualité ?

Firouz Farman Farmaian : Je me souviens qu’un des sujets de philo, l’année de mon bac, avait été de traiter la différence entre l’artiste et l’artisan. Chez les Grecs cette séparation n’avait pas lieu d’être, en contraste avec notre monde moderne où l’artisanat, dans ses différentes versions esthétiques, industrialisé ou pas, est un métier à part entière. Il incombe à l’artiste d’intégrer sa part d’artisan dans son travail. Le respect de l’outil et du processus. Le processus créatif est plus effectif encadré, non pas par des concepts prédéfinis, mais par une technique de travail maitrisée, propre à chaque artiste. Sa signature est, là aussi. L’inspiration est d’autant plus puissante et la créativité bien plus explosive lorsqu’elle est servie par une vraie maîtrise artisanale.

Graffiti, courts-métrages et aujourd’hui peinture, vous avez goûté à toutes les formes d’expression artistique, mais c’est la musique qui vous a fait connaître à travers le groupe Playground, dont vous êtes le compositeur-interprète. Comment expliquez-vous que le succès soit arrivé par le truchement de la musique ?

J’ai toujours assumé le fait que ce sont souvent les circonstances qui font l’histoire d’une vie. C’est sûrement lié à l’exil politique de ma famille, un exil que j’ai connu très jeune, et à l’expérience des multiples douleurs physiques et morales que certains de mes très proches ont pu traverser. Le fait de ne pas accepter que ce qui est révolu est révolu. Vivre dans le passé. Pour moi, il est plus sain de regarder devant soi et de laisser la vie t’amener vers de nouvelles aventures. Je suis passé par le film d’avant-garde, puis par le documentaire indépendant, enfin par le rock underground, et ce grâce à un pur concours de circonstances, de rencontres, d’histoires d’amour, de frustrations aussi, de rébellions et d’opportunités d’expression. Le côté « coup de poing dans l’estomac » d’un concert rock, par exemple, je ne le ressens aujourd’hui qu’en peinture, lorsque l’immersion est vraiment totale. Pour répondre à ta question, la musique s’est imposée a moi à une époque de ma vie de manière positive, comme la peinture s’impose à moi en cet instant.

Vous semblez faire aujourd’hui la synthèse de toutes ces étapes…

J’ai toujours peint. Que ce soit lorsque j’étais adolescent, dans le monde du graffiti, ou plus tard avec les chevaux et le milieu du polo, si cher à mon père, ou ensuite dans mes diverses explorations graphiques et filmiques, jusqu’au moment où j’ai abordé l’abstraction et la polyvalence dans les formats et les supports. Dans tous les cas, un seul dénominateur commun s’est toujours affirmé : l’amour du mouvement et des textures. C’est finalement l’abstraction qui sert le mieux mon besoin de mouvement et mon jeu de textures. Thématiquement, je travaille sur deux pôles diamétralement opposés : le posturbain et un postimpressionnisme abstrait. Le monde intérieur musical est rythmique et abstrait, et il influe souvent sur mon approche plastique. On me parle souvent de rythmique visuelle. Mais l’architecture moderne y a aussi sa part. J’ai toujours été fasciné par les lignes de Mies Van Der Rohe, par les courbes de Niemeyer. Aussi mes années d’architecture et l’influence de mon grand-père m’ont–elles donné l’amour du projet, de la projection mentale, de la géométrie dans l’espace.

Dans quelle mesure vos origines multiples et vos nombreux centres d’intérêt influent-ils sur votre travail ?

Je discutais il y a peu avec l’artiste zoroastrien Fereydoun Ave, proche d’un Cy Twombly des grandes années, et on ne pouvait s’empêcher de trouver des points d’accord avec nos travaux respectifs. Les valeurs culturelles de la Perse antique, le feu et les éléments naturels terrestres et cosmiques. Le soleil, le vent, la terre, la mer. Les saisons dont dépend presque entièrement le choix de mes palettes. L’exposition SOLO du mois de mai (à la GRK Galerie ndlr) a été entièrement réalisée en été et en extérieur (de nuit comme de jour ) à Tarifa, en Andalousie, où j’ai installé mon atelier depuis 2013. Lieu unique situé en face du continent africain, parc naturel protégé par l’UNESCO, balayé par des vents puissants. Je pense qu’il faut vivre avec beaucoup de liberté, et si possible en accord avec les événements et les éléments, quitte à bousculer des certitudes. Vivre entre Tarifa et Paris comble une grande partie de mes besoins : le plongeon urbain obligatoire et l’exil au vert, au pays de ma deuxième enfance.

Que représente pour vous la « French Touch » ?

La French Touch est, pour tous ceux dont le destin est lié a la France, un concept indiscutablement en relation avec l’artistique, le culturel et le politique. J’ai grandi et atteint la maturité artistique dans les rues de Paris, même si j’ai souvent et véritablement puisé mon inspiration dans mes voyages et mes lectures.

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