Gérard Depardieu, l’outre-mangeur

Gérard Depardieu, star mondiale et citoyen du monde, s’élève aujourd’hui au rang d’icône du septième art. Acteur hors normes, il subjugue par son jeu inspiré et sans concessions. S’il fallait le qualifier en un mot, le terme « entier » serait approprié. Un homme entier, qui nourrit une passion profonde, celle des plaisirs de la table. Découverte intime de cet immense personnage, épicurien épris de simplicité, de culture et de goût.

Acteur de génie, Gérard Depardieu a su incarner à l’écran les plus célèbres personnages de la littérature et de l’histoire : Jean Valjean, Monte-Cristo, Danton, Dumas, Raspoutine, Colomb et Vatel, légende de la haute cuisine française. Ce dernier exemple n’est d’ailleurs pas anodin et permet de cerner l’homme autant que l’acteur. Car s’il est une facette incontournable de la personnalité de Gérard Depardieu, il s’agit indubitablement de son amour pour la gastronomie et le vin. Par ailleurs, c’est son père qui lui a transmis ce goût pour la gastronomie, lui qui réussissait à nourrir sa famille de cinq enfants les jours de « dèche », avec des plats succulents de gibiers ramenés de la chasse : « Mon père faisait toujours des civets de lapin de garenne, qu’il braconnait. Ce qui comptait, c’était le temps et le plaisir qu’il prenait à les cuisiner. Il préparait aussi des abats, qu’on mangeait travaillés en civet. La gastronomie, pour moi, a toujours existé, même avec un morceau de mou. »

Aussi m’est-il possible de rapporter ses propos : notre rencontre déboucha sur une sincère complicité. Il s’agit, au départ, d’une rencontre de voisinage qui se fit dans l’une des plus anciennes rues de Paris où se trouvent la maison de l’acteur, ainsi que l’un de ses restaurants, et la « fameuse » poissonnerie où il aime choisir lui-même son poisson. Pour ma part, je suis née en Russie et suis venue vivre en France, à l’âge adulte, où j’ai suivi des études à la Sorbonne. Ma culture et mes origines nous ont rapidement rapprochés. Une vive sympathie est née entre nous, alimentée par son intérêt pour la Russie, la culture et la gastronomie de ce pays. Je l’ai toujours connu comme un homme courtois et direct. Son savoir m’a fortement impressionnée. Pendant des heures, il m’a parlé de Napoléon et des tsars, de Rachmaninov, de Dostoïevski, de Raspoutine et de Kalachnikov, depuis qu’il a lu et apprécié mon livre sur ce génial constructeur, récemment décédé. Quoique très conscient de sa notoriété internationale, Gérard Depardieu est resté dans la vie quotidienne un homme simple et cultivé. Petit gars du Berry devenu grand voyageur, cet épicurien à l’âme sensible s’est passionné, tout au long de sa vie, pour chaque pays qu’il découvrait : son art, sa culture, sa cuisine. Selon lui, la gastronomie et le vin font partie de l’âme d’un pays. « La cuisine a toujours été pour moi quelque chose d’évident. Comme la beauté des choses, la gastronomie ne s’apprend pas, elle se vit »,
m’a-t-il confié. J’ai eu le plaisir de lui faire découvrir quelques plats russes à ma façon, un savoir-faire que j’ai hérité de ma grand-mère. Le borchtch, qui est l’un de mes plats préférés, l’a ravi ! C’était la canicule à Paris, le potage était servi froid, en version végétarienne, et il l’a trouvé délicieux. Il a également aimé la salade de betteraves aux noix, le « pirog » à la viande, le chou farci, le bœuf Stroganoff, les pelmenis, la soupe de poisson « oukha »… Ce sont des plats simples et goûteux, comme ceux du terroir français : « Le borchtch et les pelmenis me rappellent la cuisine de ma grand-mère. J’adore tout ce qui mijote longuement. Quand le jus de viande donne tout son goût à un plat, c’est exquis ! La cuisine traditionnelle est un vrai trésor. » De mon côté, j’apprécie particulièrement ses vins. La passion que nourrit Gérard Depardieu pour le bon vin l’a d’ailleurs amené, dès le début des années 1980, à investir dans des vignobles. Dans les Pays de Loire, le Château Tigné, en Anjou, fut sa première acquisition ; s’en suivirent des domaines dans le Bordelais, le Roussillon ainsi que dans d’autres pays comme l’Espagne, le Portugal, l’Algérie, le Maroc et l’Argentine : « Le vin est quelque chose de vivant. Je ne veux pas de production industrielle. Mon vin doit ressembler à la terre qu’on travaille, qu’on cultive. Je participe moi-même à toutes les tâches. » Sur les formulaires, à la rubrique « profession », il écrit toujours « acteur et vigneron ». Il se flatte que ses vignobles produisent des centaines de milliers de bouteilles par an. Selon lui, toute la gamme de ses vins, du rouge au blanc, s’accordent à merveille avec de nombreux plats russes, et je suis de son avis.

Par Héléna Joly et Fabrice Salvadori