Jacques Garcia, le Bourg Tibourg

Au cœur de Paris, l’hôtel le Bourg Tibourg est un petit bijou hors du temps, réinventé par Jacques Garcia, au début des années 2000. Architecte et décorateur d’intérieur de renommée internationale, ce dernier a su redonner vie à ce lieu à la fois luxueux, discret et intime, dans une harmonie subtile entre passé et modernité. Présentation d’un hôtel pas comme les autres, sous la houlette de celui qui l’a ennobli.

L’hôtel Bourg Tibourg est un lieu de calme absolu où la sérénité et le bien-être s’appréhendent à travers l’originalité et la chaleur de son environnement intérieur. Son emplacement, dans une rue discrète du quartier historique du Marais, n’en est pas moins un atout de taille. Jacques Garcia a d’ailleurs habité pendant vingt ans ce quartier, auquel il a toujours voué une réelle passion : « Le caractère intimiste et presque secret de l’hôtel me plaisait beaucoup » confie-t-il.

Construit dans les années 1840 avec des effets néogothiques, l’immeuble a fortement inspiré le grand décorateur français qui a eu le désir de tendre vers un goût à la Viollet le Duc revisité dans les années 2000 : « Ce qu’il y a fort souvent, dans les décors de Viollet le Duc, c’est qu’ils sont entre Byzance et la cathédrale classique française. C’est un doux mélange. Le néogothique exprime la source antique. » Un décor néogothique aux couleurs orientalistes, une osmose dans la pluralité, certes… mais sans perdre de vue l’extrême modernité qui caractérise le style Jacques Garcia : « Je trouvais que c’était assez intéressant de travailler sur une recherche de matériaux et de formes. Ils apportent finalement une réelle contemporanéité associée à ces mélanges d’étoffes qui sont un peu à contre-courant du blanc et beige, mais qui sont la source aujourd’hui d’une nouvelle forme de créativité. »

L’art de l’écrin

Mais l’intérêt et l’originalité de cet hôtel résident dans ses dimensions. Comme le définit son décorateur, il semble véritablement s’agir d’un « mini-hôtel » dans la mesure où toutes les chambres sont extrêmement petites. Mais quelle grandeur dans l’élaboration de sa composition ! Rien n’est laissé au hasard, chaque détail a son importance : « Le challenge extravagant pour ces petites chambres est d’arriver à les faire ressembler à de petits coffres forts, des petits trésors. L’idée est de rentrer, en quelque sorte, dans un trésor à chaque fois que l’on rentre dans une chambre. Tout est calculé au millimètre près : les tables de nuit, les petits tabourets, la taille du lit. Si vous décalez un tout petit peu l’ensemble, plus rien ne fonctionne. On ne peut pas imaginer plus petit et, en même temps, c’est “l’anti-cellule de moine”. Et c’est amusant de traiter cela dans un caractère néogothique puisque, a priori, la cellule de moine s’inspire plutôt de l’art gothique pur et dur. » Chaque objet se retrouve alors à sa place, évitant la surcharge et engendrant l’équilibre. Pour ce faire, Jacques Garcia a tout dessiné lui-même « parce que, encore une fois, l’échelle est tellement petite qu’il n’était pas possible d’adapter des choses du commerce. J’ai donc dessiné les petites tables, les guéridons, les têtes de lits, les petits poufs qui sont dans les chambres. Je suis, d’ailleurs, en train de faire actuellement un hôtel dans le même genre qui se trouve à Pigalle et qui fait partie d’une série qui s’appellera “Maisons closes”. » Et lorsqu’il s’agit d’évoquer la beauté du Bourg Tibourg, il affirme qu’elle « réside dans la perfection de la proportion parce que face à des espaces si petits, on ne peut pas se tromper dans la proportion des choses ».

Enfin, quand on demande au « Maître décorateur » de définir son style, il répond « éclectique » avant d’expliquer sa pensée : « J’ai fait les salles du Louvre pour le XVIIe et le XVIIIe siècle. Je m’occupe de Versailles depuis dix ans maintenant et, en même temps, c’est moi qui ai refait le Wynn à Las Vegas et le MGM à Macao, en Chine. Ça laisse un éventail considérable. Quand je dis “éclectique”, je veux dire que tous les genres m’intéressent. Je déteste la monoculture, je la hais. » Pour la décoration du Bourg Tibourg, c’est toujours cette idée de mélange et d’ouverture qui l’anime : « J’aime les mélanges de races. On veut nous expliquer que les peuples doivent se mélanger, mais pour cela il faut aussi que les styles se mélangent. D’abord, parce que ça permet aux gens qui viennent ici de ne pas être complètement déracinés et, dans le même temps, ça nous permet de leur apporter notre propre culture. D’ailleurs, Louis XIV était fasciné par la Chine et l’Orient, et François Ier avait des cabinets égyptiens. De tout temps, les grands élus, les grands esthètes et les grands penseurs ont mélangé les genres. Selon moi, c’est de l’anti-embourgeoisement. Je déteste les bourgeois, mais pas dans le mauvais sens du terme. J’aime la bourgeoisie, mais je déteste les bourgeois. »

Par Fabrice Salvadori